Une Histoire de l'Univers

 

Préface par le Professeur Paul Rouxhet

"Raconte-moi une histoire !"... "Il était une fois ... Ah non, il n'y avait rien !"

Cette histoire ne commence pas comme les autres. Mais est-ce vraiment une histoire, si elle raconte des choses scientifiques ?

Elle raconte ... -de l'infiniment petit à l'infiniment grand; un passé bien lointain, un présent, une éternité; la vie, l'intelligence, l'homme- ... Des choses scientifiques ... -des choses qui existent (qui n'existent que ?) dans la tête de l'homme, par les liens qu'il établit entre des observations, par des déductions qu'il en tire, par des hypothèses qu'il formule. Cette histoire évoque l'âme, également, ... avec prudence. Elle parle à l'imagination, elle donne une vision, elle propose un sens ... des sens.

Pas comme les autres, cette histoire ? Sans doute ! Mais c'est une belle histoire ! Ce pourrait être celle d'une vieux conteur ayant beaucoup vécu : il sait tellement de choses. Mais c'est le souffle de la jeunesse qui entraînera le lecteur. Il l'entraînera sur une piste jalonnée d'émerveillements mais aussi de questions et quelque fois de peurs. Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

Questions scientifiques pour une part, mais également questions qui vous touchent bien plus profondément ... comme les questions que soulèvent les belles histoires bien racontées.

 

Au début, il n'y avait rien.

Cette affirmation peut sembler quelque peu profane aux yeux des scientistes pour qui le concept "rien" comprend au moins cette information et n'est donc pas "rien". Dans la Bible, elle est suivie de la genèse, le récit de la création du monde, phénomène que les scientifiques assimilent à ce qu'ils appellent le big bang, cette phénoménale explosion non-localisée qui serait à l'origine de la matière, de l'espace et même du temps.

Après le temps zéro, un léger déséquilibre justifia le choix que fit l'univers en faveur de la matière, rejetant l'antimatière. Une unique force gouvernait toutes les transformations du cosmos primitif. Cette force s'est scindée plus tard en ses quatre composantes : les forces électrostatique et gravitationnelle et les interactions forte et faible. Les tentatives de réalisation d'un modèle qui réunifierait les quatre types de forces constituent la principale activité de recherche de bien des scientifiques. Einstein s'est penché sur le problème durant les trente dernières années de sa vie. Deux forces ont ainsi déjà été réunies sous un même modèle. Affaire à suivre...

Un lent refroidissement de plusieurs milliards d'années donna au plasma initial de matière élémentaire et dense l'aspect de l'univers que nous connaissons aujourd'hui. L'univers, fondamentalement dynamique, est soumis à des transformations et des cycles tantôt lents, tantôt rapides, mais toujours puissants. Un exemple de cycle est celui de la vie des étoiles (cycle parce les étoiles naissent des cendres d'étoiles mortes), qui présente des extrêmes physiques remarquables, comme le stade "étoile à neutrons". Prenons le temps de décrire succinctement cette étape fantastique, atteinte lorsque l'astre s'est vidé de son carburant nucléaire.

 

Les étoiles à neutrons.

Les étoiles à neutrons sont des étoiles tout à fait communes, mais elles sont arrivées à la fin de leur vie et entament ainsi la dernière étape de leur longue et tumultueuse évolution. La vie d'une étoile est étonnante. Elle subit une longue série de réactions nucléaires différentes ayant comme produits et réactifs principaux les deux incontournables de l'univers : l'hélium et l'hydrogène.

Mais suivons de plus près notre étoile à neutrons. Quelques millions d'années plus tôt, l'étoile avait terminé son premier cycle nucléaire et avait commencé à grossir et à rougir. Par comparaison, on estime que lorsque notre soleil aura atteint sa taille maximale à ce stade, son diamètre atteindra l'orbite de Jupiter. La géante, après s'être contractée à nouveau, avait ensuite explosé en supernova. Il ne resta alors qu'un noyau d'à peine quelques centaines de kilomètres de diamètre. Les électrons auront été comprimés à l'intérieur des protons par la titanesque force de gravité, formant des neutrons. Les noyaux, formés uniquement de neutrons et dépourvus de garniture électronaire ne se repoussent plus l'un l'autre, ils s'acollent; il n'y a plus de vide intra-atomique.

Modélisons ce phénomène et grandissons l'atome jusqu'à ce qu'il atteigne la taille de la Terre. Cela reviendrait à imaginer une montgolfière placée au centre de la Terre pour le noyau et des ballons de football gravitant à la surface de la planète pour les électrons. Enlevez la Terre (le vide intra-atomique et les électrons) et il vous reste la montgolfière (le noyau). Le volume initial de la Terre (de l'atome) est réduit à celui de la montgolfière (du noyau). La masse du système, invariée de par la faible masse des électrons, qui occupait avant le volume de la Terre, occupe maintenant le volume de la montgolfière.

Revenons à l'étoile à neutrons. La densité de la sphère obtenue ne contenant que des neutrons atteint 100 000 milliards de fois celle de l'eau. La masse d'une étoile à neutrons, pourtant d'un volume comparable à une petite lune, sera alors de l'ordre de la masse d'une étoile.

Pour illustrer cette densité fantastique, imaginons l'humanité entière, c'est-à-dire les 6 milliards de personnes vivant sur Terre, et compressons celle-ci jusqu'à obtenir un conglomérat de neutrons accolés les uns aux autres (donc le même type de matière que celle constituant les étoiles à neutrons). Il faut donc pour cela injecter les électrons dans les protons. Nous serions alors confrontés à un volume comparable à celui d'une bille d'écolier, qui pourtant pèserait autant que 6 milliards d'êtres humains, c'est-à-dire un demi million de tonnes.

Cette masse condensée pourra devenir trou noir. A ce stade, la masse ne s'assume plus, elle s'absorbe elle-même tant la densité est élevée (cette fois, c'est la Terre entière et l'humanité comprimée en bille d'écolier). La gravité qu'elle exercera sur elle-même et sur son environnement sera d'une force inouïe et attirera même la lumière, ce qui explique sa couleur noire. La courbure des rayons lumineux, sous l'effet de la gravitation, avait déjà été prédite théoriquement par Albert Einstein comme illustration à sa théorie de l'espace courbe, qui stipule que le rayonnement va tout droit mais que l'espace est déformé par la présence d'une masse importante, comme l'est un drap tendu sur lequel on pose une boule de bowling. A l'intérieur du trou noir, le chaos serait total. Les calculs basés sur la mécanique quantique prévoient des extrêmes inimaginables "au fond" du trou noir. La pression et la température seraient immensément élevés et selon certains savants, ils pourraient déboucher autre part dans l'univers, en d'autres coordonnées spatio-temporelles. Toutefois, il semble que cette particularité, appelée trou de ver, ne puisse pas être utilisée, contrairement à ce qu'en pense le réalisateur du grand film de science-fiction "Le trou noir", dans lequel un pilote s'engage avec sa petite navette au cœur d'un trou noir et y vit de folles aventures...

 

Pourtant, l'espace est vide.

Si on se promène dans l'univers, la probabilité de se retrouver nez à nez avec un corps céleste est infime. En effet, le vide de l'espace est gigantesque, cette immensité inhospitalière s'étend sur des milliards d'années-lumière. En fait, on peut dire que l'univers est principalement vide. Ainsi, le vide interstellaire est l'endroit par excellence où, dit-on, il ne se passe rien.

Mais en est-il vraiment ainsi ? Il est vrai que, faute d'une suffisante densité de matière, le son ne se propage pas. Il est vrai également que le concept de distance tel qu'on le connaît sur Terre revêt une toute autre signification. En effet, à part les émissions électromagnétiques, nous ne sommes pas capables pour l'instant d'envoyer quoi que soit dans l'espace si le but de l'opération est d'arriver -réellement- ailleurs.

Toutefois, le vide ne l'est pas tant que ça. Remarquable est la densité du trafic électromagnétique. Ces perturbations du repos électromagnétique du vide voyagent à la vitesse de la lumière, l'absence de matière leur conférant une autonomie presque infinie. Ce chaos de radio, de visible, de X, de g émanant des cycles de l'univers provoque dans l'univers un désordre électromagnétique notoire. Il se peut que certains de ces signaux ne soient pas si désordonnés que cela mais constituent des messages extraterrestres. Nous y reviendrons.

De même, les forces gravitationnelles sillonnent l'espace continuellement. Ces forces émanent de chaque masse de l'espace et agissent sur toutes les autres masses de l'univers.

De plus, le vide complet sous-entend une température de 0 K et une pression nulle, ce qui, soit dit en passant, provoquerait l'apparition de particules virtuelles. Or, la température du vide est de 3 K ou encore -270 °C et sa pression est telle qu'il se trouve quand même une molécule d'hydrogène dans chaque m3 de "vide". Ce contenu énergétique (la matière et le rayonnement sont les deux apparences que peut prendre l'énergie) est une des preuves d'une origine dense de l'univers. Et l'expansion de celui-ci implique que la température et la pression tendent vers, respectivement, le zéro absolu et le vide total.

 

Mais revenons à nos étoiles.

Sources d'énergie par excellence, leur brillance illumine l'univers et rend celui-ci plus hospitalier. Autour des étoiles peuvent apparaître des planètes; sur ces planètes, la vie peut éclore; cette vie peut évoluer et donner lieu à une civilisation. Ce scénario rare mais néanmoins possible (nous en sommes la preuve vivante) conduit à penser que nous ne sommes peut-être pas seuls dans l'univers. Nous y reviendrons. Quoi qu'il en soit, et en attendant de savoir si nous sommes seuls ou pas, nous sommes là, bien vivants. En voilà un beau miracle ! En effet, que la vie trouve son origine dans quelque volonté divine ou dans le simple concours de certaines circonstances (nous y reviendrons également), nul ne peut ignorer son élégance à rendre l'univers moins ténébreux. Il suffit de comparer la Terre à la froide et inhospitalière Pluton, où la température atteint péniblement les 50K.

 

Fascinante, étrange et belle, la vie construit et assemble.

La vie transforme les particules élémentaires en des corps autonomes. Elle a choisi le carbone comme brique de construction. Choix judicieux, car le carbone est le seul élément qui rassemble les caractéristiques idéales à la formation de macromolécules, indispensables à la construction de systèmes autonomes -vivants- par le biais de molécules porteuses d'information génétique. L'importance du carbone vis-à-vis du vivant n'est donc pas liée au hasard mais bien à une nécessité incontournable.

Cet étrange phénomène qu'est la vie est depuis des siècles la question centrale de toutes les sciences et de toutes les religions. Le mystère des origines est la question que Homo sapiens s'est posée à la naissance de sa conscience. Avant de davantage développer ce sujet il me faut définir un concept de physique fondamental, l'entropie.

 

Entropie, facteur limitant.

L'entropie est une importante fonction thermodynamique qui révèle une image de la qualité de l'énergie. Le deuxième principe de la thermodynamique la définit et stipule que l'entropie de l'univers, sous l'action des réactions qui s'y déroulent, ne peut qu'augmenter et tend vers un maximum que d'aucuns quantifient d'infini. On voit que l'entropie représente de l'énergie de mauvaise qualité qui s'accumule sans cesse. Tandis que le premier principe de la thermodynamique prévoit que l'énergie totale de l'univers change de forme mais reste constante (principe de quantité), le second précise que cette énergie se dégrade et se disperse (principe de qualité).

Ainsi, lors d'une transformation naturelle ou artificielle, il y a obligatoirement une partie du capital-énergie mis en jeu qui se répandra sous forme de chaleur. Il est dès lors fondamentalement impossible de réaliser une machine ayant un rendement de 100%, ou encore il est impossible de convertir entièrement de la chaleur en travail.

En fait, quoi que vous fassiez, même si vous possédez une machine parfaite, l'énergie que vous y mettez ne servira que partiellement vos desseins, tandis qu'une partie non négligeable de cette énergie ira réchauffer votre environnement, ce qui ne sert à rien, et de plus cette énergie est inutilisable et irrécupérable. Si vous extrapolez ce raisonnement à toutes les transformations se déroulant dans l'univers, vous pouvez imaginer à quel point la diminution d'énergie utile, dans le temps, est importante.

On comprend, en conséquence de ce principe, que la tendance naturelle de l'univers est le désordre, le chaos. Si vous formez un petit tas de sucre et que vous faites vibrer la table, le tas va s'aplatir. De même, une grosse molécule aura une tendance naturelle à se briser en plusieurs morceaux. Pourtant, notre corps est formé de macromolécules de squelette carboné, formées à partir de molécules simples. On est alors tenté de croire que la vie amène de l'ordre dans le désordre. Qu'en est-il ? On ne connaît pas de réponse cohérente, mais plusieurs savants ont réfléchi à ce paradoxe fondamental de la science moderne.

La vie serait, selon Pierre Teilhard de Chardin, le seul phénomène chimique à autoriser une diminution isotherme d'entropie, ce qui conférerait à l'apparition de la vie un statut tout particulier, différent des autres réactions se déroulant dans l'univers et dont l'explication fondamentale nous échappe encore.

D'autres théories, plus modernes, stipulent que la diminution d'entropie n'est que locale et va de pair avec l'augmentation de celle-ci subie par le soleil lorsque, de par son rayonnement, il permet l'apparition de la vie. L'entropie du système Terre-soleil augmenterait bel et bien. D'aucuns affirment, à l'encontre de cette explication, que de par sa température très élevée par rapport à celle de l'espace, le soleil est une source de faible entropie, ne contrebalançant pas la diminution de celle-ci occasionnée par l'apparition de la vie.

Hubert Reeves, à ce sujet, développe une relation entre entropie et gravitation. Il évoque le phénomène de la formation des étoiles qui attire les particules les unes vers les autres par gravitation et crée de ce fait de l'ordre. Ainsi, il indique que, bien que l'univers était déjà thermodynamiquement mort le lendemain de sa naissance, les étoiles sont nées. Il extrapole ce raisonnement et l'applique à la vie.

D'autres grands savants, tels Boltzmann ou Poincaré, mettent en doute l'irréversible augmentation de l'entropie de l'univers et croient en des phénomènes cycliques ou contrebalancés en d'autres lieux.

Enfin, signalons une autre théorie assez récente suggèrant que cette apparente contradiction du second principe de la thermodynamique pourrait s'expliquer par le fait qu'il faut moins d'information pour décrire un mur de brique avec précision qu'il n'en faut pour décrire un tas aléatoire de briques avec précision (donner la position de chaque brique). Selon cette théorie "made in USA", l'ordre des molécules organiques devient alors favorable du point de vue de l'entropie. En définitive, on peut dire que cette polémique restera un des principaux points chauds des discussions scientifiques.

 

Après son hésitante émergence, son évolution et enfin sa dominance.

Quelles qu'en soient les mécanismes d'éclosion, il suffit maintenant de considérer les assemblages entre molécules complexes pour obtenir les premières vésicules organiques et finalement les premiers micro-organismes. La suite des événements nous amène à la diversité biologique actuelle. Même si le débat concernant les lois évolutives n'est pas clos, le vivant est là, le fait évolutif est indéniable et la Terre est à l'heure actuelle une planète où la vie domine nettement sur l'inerte, et ce depuis plus de 500 millions d'années.

La cause de la suprématie des mammifères est incertaine. Hormis le phénomène de la disparition des reptiles géants, les théories suggèrent plusieurs avantages des animaux à sang chaud, et plus précisément des mammifères, du point de vue de l'efficacité de leur mode de reproduction. Notons tout de même que deux extinctions massives, celle du cambrien et celle du crétacé (la fin des dinosaures), ont été nécessaires pour permettre le timide essor des mammifères.

L'homme doit sa position actuelle à… mais au fait, quelle est-elle, cette position ? Sommes-nous vraiment les maîtres de cette planète ? Sommes-nous réellement l'apogée de l'évolution des espèces ? Certains en doutent. Notre évolution nous amènerait bien la complexité, mais pas forcément le progrès. Notre chémohétérotrophie nous rend vulnérables et dépendants des sources d'oxygène, d'eau et de nourriture, tandis que la photoautotrophie de certaines bactéries les rend capables de survivre dans la plupart des environnements.

Cette vision des choses (venue des USA) prévoit également que, si une intelligence extraterrestre nous rend visite, la probabilité est grande qu'elle entre en contact avec des fourmis avant de trouver des humains et qu'elle prenne ces fourmis pour référence comme les principaux habitants de la Terre (au vu de leur nombre et de leur vie en société disciplinaire)…

Bref, quoi qu'il en soit, certains aspects bien précis ont fait de l'homme primitif ce qu'il est aujourd'hui. Lorsqu'il n'a plus eu besoin de ses mains pour se mouvoir, l'homme a pu se redresser et s'en servir pour améliorer ses conditions de vie. La position du pouce vis-à-vis des quatre doigts lui a permis de saisir des objets et d'en faire des outils. Son cerveau a évolué et lui a permis de se poser des questions sur lui-même et sur son existence, de prendre conscience de ce qui l'entoure.

Les considérations sur le corps de l'homme ont également évolué. Paradoxalement à la fantastique émergence de l'esprit humain, l'homme se rend compte de l'importance de son corps dans le bien-être général de l'homme. Il semble, de plus, au vu des avancements des recherches médicales, biochimiques et psychologiques, que l'esprit pourrait être lié au corps dans une certaine mesure. Ainsi, les deux entités seraient indissociables. Ces considérations sont très importantes car elles conditionnent le point de vue de l'homme sur sa position dans le monde. Elles sont déterminantes pour l'humanité au futur comme dans le passé. En effet, lorsque l'homme partira à la conquête du cosmos, son corps sera son bagage, son fardeau, et il aura peut-être, dans un futur lointain, l'occasion de se débarasser de son corps. Nous y reviendrons.

Demain, en effet, il se peut que l'homme entre dans une ère où seul le fond, et non la forme, aurait de l'importance. L'homme, libéré de ses chaînes charnelles, pourra alors pleinement se consacrer à son épanouissement spirituel. Mais si force est de croire, vu la situation actuelle, que ce n'est pas pour demain, d'aucuns estiment que seule cette tendance sera salutaire pour l'humanité.

L'émergence de son intelligence a permis à l'homme de créer, de construire. Depuis l'invention de la roue, l'homme imagine, puis réalise de ses mains des objets ayant pour but de se simplifier la vie. D'autres activités ont comme but de recherche la compréhension de notre existence, de notre monde et de notre société. Toutes ces activités sont des éléments non exhaustifs de ce qu'on appelle communément le progrès.

Nous sommes arrivés, dans ce récit, au stade où l'homme se trouve actuellement. Avant d'aller plus loin vers ce qu'il adviendra dans un futur proche, illustrons le siècle des inventions et prenons le transistor, souvent considéré comme l'invention clé du vingtième siècle et prenons le temps d'esquisser cette tranche primordiale de l'histoire des inventions.

 

"Gigantesque" invention et phénoménal développement.

Le transistor, ce sandwich métallique Or-Germanium-Or (à l'origine du moins), a cinquante ans et équipe aujourd'hui quasi tous les appareils électriques. De Mars Pathfinder à l'autoradio, rien ni personne n'y échappe.

Mais le magnifique ne vient pas uniquement de l'invention du transistor. Ce qui est plus étonnant encore (et qui bénéficie des plus gros budgets de recherche que l'humanité ait connue), c'est la miniaturisation de ces transistors, produits à l'heure actuelle au rythme de 500 millions d'unités par seconde de par le monde. 200 millions de milliards de ces petites bêtes fonctionneraient en ce moment même sur la Terre.

Ainsi, grâce à la miniaturisation des transistors, mais aussi des résistances, des selfs, des diodes et des capacités, des miracles de technologie sont possibles. En effet, beaucoup de concepts théoriquement au point se sont heurtés à des difficultés de dimension. Un téléphone portable contient quelques 5 millions de transistors; le même fonctionnant avec des tubes électroniques, comme en 1945, serait plus gros qu'une fusée Saturne V. La première calculatrice électronique, en '45 également, fonctionnant elle aussi avec des tubes (20 000 unités), remplissait un étage entier et consommait 100 kilowatts. La probabilité qu'une lampe saute sur une journée était presque unitaire, mais allez savoir laquelle va lacher justement aujourd'hui...

Néanmoins, le principal succès de la miniaturisation a été de permettre l'essor du microprocesseur, centre nerveux de l'informatique. Tout a commencé très vite après l'invention du transistor. Il a tout de même fallu mettre au point la carte, puis la puce pour pallier aux problèmes de construction, mais en 1972 sort le premier microprocesseur, comportant 2000 transistors et travaillant à une cadence de 0.06 MHz. Cette puce peut effectuer 60 000 opérations binaires à la seconde, comme par exemple additionner 1 à un chiffre. On estime qu'un ordinateur doté d'une telle puce mettrait plus de 24 heures pour charger un système d'application actuel; et on ne parle pas encore de l'utilisation.

C'est alors le début d'une course vertigineuse : "plus c'est petit, moins c'est cher; plus c'est petit, plus on peut mettre de composants, plus c'est rapide; plus c'est petit, plus c'est rapide car plus courts sont les trajets à effectuer par le courant électrique. Cette évolution suit la loi de Moore : les performances doublent tous les 500 jours, mais aussi celle de Rock : le prix de fabrication double tous les 1500 jours. Etonnant, mais facile à comprendre : les concepts ne changent pas, mais les techniques s'améliorent sans cesse; plus de composants (pas d'unités séparées mais quelques atomes spéciaux injectés sur la plaque de silicium) sur moins de place...

Aujourd'hui (1998), un microprocesseur contient 5 millions de composants et travaille à 300 MHz. En 2015, il contiendrait 1 milliard de composants et aurait une cadence de 100 000 MHz. La seule limitation théorique à cette évolution réside dans la taille (diamètre) des conducteurs, qui est à l'heure actuelle de 300 nm. Au-delà de 10 nm, les électrons ne se comporteraient plus comme de gentils transporteurs d'électricité mais entreraient dans des délires quantiques totalement chaotiques et imprévisibles.

Arrivés à ce stade, on pourra toujours, comme c'est déjà le cas depuis 15 ans pour les supercalculateurs, placer plusieurs processeurs en série. Ainsi, Deeper Blue tourne à 20 000 MHz. Un simulateur de guerre nucléaire américain travaille à 3 000 000 MHz.

Il n'y a pas mieux pour l'instant, oui, sauf si on tient compte du cerveau humain, dont la capacité de calcul est estimée à 10 000 000 MHz, 10 teraHertz ... En effet, la complexité du cerveau ne réside pas tant dans sa miniaturisation (certains processeurs ne sont pas beaucoup moins miniaturisé) mais bien dans le fait que le cerveau, contrairement à la machine, ne travaille pas uniquement en 0 et en 1 (système binaire). Les influx nerveux semblent bien plus complexes que le modèle "courant - pas courant". Ainsi, une théorie récente accorderait aux microtubules un fonctionnement analogue à celui de nos lasers, avec un diamètre de 20 nm. Cette théorie, énoncée très récemment, prévoit que l'utilisation d'un nouveau type de physique est indispensable pour expliquer les mécanismes de la conscience et de l'esprit. Les dogmes de la mécanique moderne constitueraient un non-sens dans les mécanismes de notre intelligence.

Ensuite, il faudra plancher sur d'autres technologies que celle du microprocesseur. Ainsi, depuis quelques années déjà, on parle d'ordinateur quantique. Ce type de machine n'existe qu'à l'état de concept mais, une fois au point, sa vitesse de fonctionnement serait infiniment plus élevée que celle des ordinateurs modernes. On parle également depuis peu d'ordinateurs optiques, dont la mise au point semble imminente. Ici, l'information circule le long de fibres optiques, ce qui exclut tout type de résistance et donc d'échauffement; de même, la vitesse le long de la fibre optique -celle de la lumière- est plus élevée que celle de l'électricité dans les conducteurs.

Dans le même ordre d'idées, on peut imaginer un ordinateur dont les composants seraient supraconducteurs à température ambiante, ce qui en démultiplierait la puissance; pour l'instant, les meilleurs composés supraconducteurs actuels ne le deviennent qu'à des températures de -60°C ou inférieures, mais la recherche à ce sujet est prometteuse.

Il apparaît que, contrairement à la conquête spatiale, par exemple, dont l'avancée reste très spéculative, le progrès informatique ne semble pas connaître de limite. Ainsi, si les grands défis que l'humanité aura à relever dans le futur nécessiteront des technologies non encore acquises à l'heure actuelle, l'aspect informatique ne posera sans doute pas de problèmes majeurs.

Il ne reste plus qu'à espérer que l'homme gardera le contrôle informatique, comme le souligne Isaac Asimov dans ses trois règles de la robotique. Il suffit pour cela de bien prévoir l'avenir afin de l'anticiper, et n'est-ce pas ce qu'il fait avec le plus grand sérieux ? Une revue scientifique sérieuse, en mars 1990, n'annonce-t-elle pas, optimiste, le microprocesseur 60 MHz pour l'an 2000, au mieux ? ...

L'informatique a permis, entre autres, l'essor des télécommunications. Aujourd'hui, à l'aube du troisième millénaire, l'homme devient cosmopolite virtuel, il communique avec l'autre bout de la Terre à la vitesse de la lumière. Optimiser son temps, telle devient une préoccupation importante de l'homme moderne. Les frontières s'effacent, les marchés s'unissent, les cultures s'échangent et devraient s'enrichir au contact l'une de l'autre (ou perdraient-elles un peu de leur identité ?).

 

L'homme avance et découvre de nouvelles frontières.

Ce corps dont il s'est servi pour construire sera bientôt un obstacle à ce nouveau type de progrès. En effet, la communication n'est que la prémisse du voyage, et si l'homme communique déjà à vitesse luminique, il ne se déplace qu'à très faible vitesse. Pourtant, si les voyages interstellaires ne sont pas pour demain, ils sont toutefois incontournables à la survie à long terme du genre humain.

La viabilité sur et de la Terre ne durera pas. En effet, la Terre et ses habitants, spectateurs, ont connu de lentes et régulières évolutions, comme les glaciations, la dérive des continents, l'évolution des espèces, etc. Mais à présent, l'homme exerce une influence directe sur certains cycles du monde. Ainsi, les brutales variations de climat sont à mettre en liaison avec certaines pratiques industrielles et domestiques. On parle de révolution humaine, non plus d'évolution. Sur les 80 milliards d'êtres humains nés depuis l'aube de l'humanité, 15% ou encore 12 milliards ont vécu le vingtième siècle. Les changements sont exponentiels et l'homme n'a plus le temps de les voir venir et d'anticiper, il subit. Et si les spécialistes annoncent la mort du système solaire et donc, a fortiori, de la Terre, dans quelques milliards d'années, force est de croire, selon les pessimistes, que la Terre ne sera plus viable dans moins d'un millénaire.

Les optimistes, quant à eux, prévoient une stabilisation générale et un accroissement global de la qualité de la vie, cette vision accordant à notre planète un sursis bien plus long de plusieurs milliards d'années. Ces prévisions optimistes impliquent des améliorations drastiques des usages, des consommations et des techniques : énergies propres, sans doute provenant d'une source extérieure à l'atmosphère terrestre, recyclage complet, dépollution globale, répartition des ressources, maîtrise du climat, victoire complète contre la plupart des maladies, stabilisation de la démographie, etc.

Mais quelle que soit la tournure que prendront les événements à venir, il semble clair que l'objectif global de toute progression sera la protection du genre humain à des fins de survie. On le voit, que ce soit pour se protéger de son environnement devenu hostile ou pour se protéger de lui-même, l'homme sera bientôt dans l'obligation d'explorer d'autres systèmes. Il peut aussi concevoir ces explorations dans un but d'intérêt scientifique, mais la finalité ne s'en trouve pas modifiée : survivre. Et s'il n'est pas encore capable de concevoir des voyages vers d'autres mondes ...

 

... il se peut -voire il est très probable- que les habitants d'un autre monde le soient déjà, eux.

Dans ce cas, ils pourraient bien nous rendre visite à bord de soucoupes volantes. Peut-être l'ont-ils déjà fait. Les énigmes au sujet des Ovnis sont de plus en plus nombreuses. En réalité, aucune théorie satisfaisante n'est là pour confirmer ou infirmer la visite d'intelligence extraterrestre et aucun témoignage révélé n'apporte une preuve irréfutable d'une telle visite, laquelle implique forcément une science et une technologie bien plus avancée que celle de l'homme.

En effet, il faut soit être capable de se déplacer à une vitesse proche de celle de la lumière, soit voyager d'"une autre manière", en suivant une droite tandis que l'espace est courbe, en suivant les super-cordes, ou encore en empruntant les trous de ver. Ces "objets" ont été prévus par les physiciens sur base des travaux d'Einstein mais n'existent à l'heure actuelle qu'à l'état de concept et il faudra attendre longtemps avant de pouvoir les décrire d'abord et les utiliser ensuite. De plus, il semble que les effets relativistes (la contraction des longueurs et la dilatation du temps) posent de réels problèmes techniques.

Il est pourtant évident que sans ce genre de procédés, un voyage interstellaire nécessite des siècles, voire des millénaires ou plus encore. En effet, les techniques terrestres actuelles permettent de propulser un engin à environ 40 000 kilomètres à l'heure dans le cosmos. On peut faire passer l'engin à proximité de corps célestes massifs afin de le catapulter, sous l'effet de la gravitation, à des vitesses bien supérieures (150 000 kilomètres à l'heure ont été atteints). Ce système ne connaît, en théorie, pas de limite supérieure. Inconvénient, le temps nécessaire pour atteindre de telles vitesses peut être de plusieurs années, parce que les trajectoires d'accélération sont très longues. Ce "maximum" nous permet à peine de quitter notre système en un temps raisonnable et 50 millénaires seraient nécessaires pour atteindre Proxima Centauri.

On imagine alors des procédés de voiles captant le vent solaire, de moteurs à ions, de moteurs à mélange matière-antimatière, pour lesquels quelques kilos de carburant suffiraient pour des voyages intergalactiques; en effet cette réaction est 1000 fois plus puissante que les réactions de fission utilisées dans nos centrales, ce qui permettrait à un engin de quitter notre système solaire en 3 ans (pas vraiment de quoi s'extasier)...

Il y a aussi la fusée-entonnoir captant du matériel de fusion, par exemple du deutérium, dans l'espace et subissant une accélération constante de 1g. La vitesse tend alors assymptotiquement vers celle de la lumière; en effet, si la vitesse augmente continuellement de 10 m/s par seconde, cette seconde, elle, lorsque la vitesse approche celle de la lumière, devient de plus en plus longue, car le temps se dilate. La fusée atteint 90% de la vitesse de la lumière en moins d'un an et parcourt tout l'univers connu en moins de cinquante ans, ses occupants étant soumis à la dilatation du temps. Sur Terre, pendant ce temps, bien sûr, 10 milliards d'années se sont écoulées. Les astronautes ont quelque peu vieilli, tandis que le système solaire n'existe plus depuis une éternité.

Et n'oublions pas la méthode Star Trek, la téléportation. Le voyage instantané pourrait même dépasser la vitesse de la lumière, frontière physique absolue. En effet, on aurait découvert des interactions instantanées entre particules distantes. Pour ce qui est du voyage en lui-même, les concepts théoriques sont au point, on vient même de téléporter un photon. Il suffit de l'analyser et de le recréer plus loin, la vitesse étant alors celle de la lumière, vitesse que met l'information pour arriver au point de reformation. L'étape suivante consiste à téléporter un être humain. C'est possible mais il y a, bien sûr, quelques contraintes : disposer de 10 000 milliards d'années, d'un support-mémoire de 1022 Gigabytes et d'une énergie équivalente à l'arsenal nucléaire terrestre total au plus fort de la Guerre Froide ... Une bagatelle. De plus, qui peut affirmer que l'esprit du téléporté va suivre ? Et qu'en est-il du modèle initial ? Pourtant, cette voie semble ne pas être si utopique qu'elle en a l'air et les scientifiques ne désespèrent pas de téléporter un jour un être humain.

N'oublions pas non plus les divers projets de "villes de l'espace". En effet, s'il est impossible de se mouvoir vers d'autres systèmes en peu de temps, on peut rendre le moyen de transport confortable et autonome, voire capable de s'autorépliquer, ce qui, soit dit en passant, rend possible une expansion exponentielle de l'effectif de l'humanité. La destination, s'il y en a une, serait atteinte par les descendants des colons.

De toute façon, aucune de ces possibilités ne dépasse actuellement le stade de théorie spéculative tant les obstacles techniques semblent insurmontables. Nous sommes donc, provisoirement du moins, prisonniers de notre environnement immédiat, où, nous le savons, il ne se passe pas grand chose de très intéressant du point de vue de la vie extraterrestre.

Ne sous-estimons pas non plus les restrictions budgétaires qui étouffent la conquête de l'espace. Tandis que les projets se multiplient, les crédits stagnent. La crise économique globale fait dériver les dépenses vers d'autres priorités et le domaine scientifique, -plus particulièrement l'aérospatiale- dont l'aspect "long terme" semble s'opposer à la "nécessité immédiate" est la principale victime de ces coupes sombres. En effet, l'aérospatiale coûte cher : 15 jours de vacances sur Mir coûtent autant que 1 gramme de californium (50 milliards de francs pour 1 gramme), c'est-à-dire vraiment très cher. Ainsi, en conséquence de ces restrictions, on constate que le budget du programme Apollo n'a pas encore été égalé alors que trente ans de progrès nous séparent de ce programme. Il peut donc sembler que les freins à la conquête du cosmos seront plus d'ordre financiers que techniques, s'ils ne le sont pas déjà.

Néanmoins, et ce contrairement aux obstacles techniques, nous sommes à l'heure actuelle en mesure de solutionner ce genre de problématiques. En effet, depuis quelques années déjà, plusieurs partenariats entre pays ont vu le jour et ont permis de réaliser d'importants projets. Ces partenariats permettront sans doute de financer les programmes spatiaux futurs, comme c'est la cas, déjà aujourd'hui, pour Mir et le projet européen Hermès.

Mais gardons confiance en l'homme et souvenons-nous que le premier objet ayant quitté notre atmosphère l'a fait il y a à peine un demi-siècle, tandis qu'en ce moment même, une voiturette fait des châteaux de sable sur Mars. Nous pouvons dès lors penser que, même si les voyages semblent irréalisables à l'heure actuelle, le prochain millénaire connaîtra sans doute les premières colonisations massives, du moins de notre système planétaire et solaire.

En attendant de pouvoir effectuer ce genre de voyage colonisateur, et en attendant d'acquérir la certitude de visites extraterrestres, il est donc important de s'intéresser à l'existence même de civilisations extraterrestres. Thomas d'Aquin, à ce sujet, se base sur le postulat de la perfection du Divin et est catégorique : nous sommes seuls. Tentons de passer outre cette affirmation quelque peu rétrograde.

 

Comment savoir ?

Nous possédons les outils et les modèles mathématiques, astronomiques, biologiques et sociaux nécessaires à une détermination empirique du nombre de civilisations susceptibles, un jour, de tenter d'entrer en contact avec nous, si nous ne l'avons pas fait avant eux d'ici là, et s'ils ne l'ont pas déjà fait il y a quelques millénaires.

Une de ces approches a été proposée par le professeur Drake, dont la théorie est assez largement (mais pas unanimement) admise dans les milieux scientifiques. Comme toute théorie possède ses limites de validité, nous allons nous intéresser à la Voie Lactée. En effet, gageons que, même si une intelligence présente dans une autre galaxie est capable de réaliser des voyages intergalactiques (distances de l'ordre du million d'années-lumière), ils seraient sans intérêt car il faut une éternité pour explorer sa propre galaxie (une galaxie contient facilement 100 milliards d'étoiles).

Ainsi, selon Drake, il suffit de multiplier un certain nombre de paramètres pour obtenir un chiffre représentant le nombre de civilisations présentes dans notre galaxie. Ces paramètres doivent contenir tous les aspects nécessaires au développement d'une civilisation. La théorie englobe sept aspects différents, dont trois astronomiques, deux biologiques et deux de type social. Les cinq premiers paramètres font appel à nos connaissances scientifiques actuelles qui semblent suffisantes pour expliquer les faits évoqués. Les deux derniers, par contre, se basent sur les modèles de société que nous avons sur Terre et ils sont sujets à polémique. Voici les sept paramètres.

Considérons d'abord le nombre d'étoiles qui naissent chaque année dans la galaxie. Ce nombre est obtenu en comparant l'âge de la galaxie et le nombre d'étoiles existantes, très peu d'entre elles étant déjà "mortes". Le nombre d'étoiles est estimé en considérant la vitesse de rotation de la galaxie, ce qui permet de déduire la masse de la Voie Lactée, et donc approximativement le nombre d'étoiles la constituant.

Le second aspect est la proportion de celles-ci possédant un système planétaire. Ce phénomène est relativement fréquent et observable en notant un ralentissement de l'étoile autour de son axe. La principale condition réside en l'absence de système d'étoiles, qui créerait des orbites potentielles trop complexes.

Ensuite, nous avons le nombre de planètes par système bénéficiant des caractéristiques nécessaires au développement de la vie. Il faut pour cela une orbite peu elliptique (saisons trop accusées), une distance à l'étoile appropriée et un environnement calme (éruptions stellaires, astéroïdes, rayonnement cosmiques intenses, ...).

Les trois suivants sont la proportion de ces planètes où la vie s'est effectivement développée, où une forme d'intelligence est apparue et où les habitants ont atteint un niveau technologique les rendant capables -si désireux- de communiquer.

Enfin, nous estimons l'espérance de vie d'une civilisation. Aspect complexe, qui après de nombreuses extrapolations a donné une durée de 1 milliard d'années. (Les années sont des années terrestres et sont à mettre en liaison avec le premier aspect.). Notons que, pour le même aspect, Gott avance des valeurs bien plus faibles de quelques millions d'années. Il existe donc bien des divergences de trois ordres de grandeurs entre les avis de différents spécialistes. Il est vrai que les paramètres à prendre en compte pour cet aspect sont sujets à discussion. Ainsi, quand peut-on dire que les habitants d'une planète méritent le titre de civilisation ? Par exemple, depuis quand sommes-nous une civilisation ? Les avis divergent : 5000 ans (l'écriture), 50 000 ans (Homo sapiens sapiens), ou encore 5 millions d'années (le premier Australopithèque).

Le produit de ces aspects donne alors un résultat d'un million de civilisations dans notre galaxie, une toutes les 50 années-lumière, ou encore une étoile sur 100 000 disposerait de sa civilisation. Notre voisin se trouve alors plus proche qu'on ne le pense. En tout cas, même en se montrant très prudents, il semble absurde de nier la possibilité de l'existence d'autres civilisations.

Ce résultat pourrait bien expliquer une théorie assez cocasse (donc "made in USA") comme quoi la vie ne serait jamais apparue sur Terre mais elle serait d'origine extraterrestre. Elle nous serait parvenue sous forme d'hétérokystes, formes "endormies" d'une bactérie, très résistantes et pouvant relancer leur métabolisme après 50 millions d'années de dormance, amenés chez nous par le vent stellaire. Mais comment diable ces kystes auraient-ils quittés leur atmosphère planétaire ? Les extraterrestres catapultent des graines pour fleurir le cosmos ? Ils sont stupides ou quoi, les E.T.'s ?!

Il semblerait, toutefois, que la queue des comètes contienne, entre autre, des acides aminés, briques des protides. Et si on sait que plusieurs tonnes de matière stellaire tombent chaque année sur Terre, on est en droit de se poser des questions ... Les études se poursuivent.

Après avoir cité Drake avec un enthousiasme non feint, je me dois de signaler que certains scientifiques refutent le concept de pluralité des mondes et croient en notre solitude cosmique, tel Fermi et le célèbre paradoxe qui porte son nom et dont la conclusion ne laisse pas de place à d'autres civilisations. Mais ma conviction est que, quel que soit le raisonnement statistique suivi, l'immensité de l'univers implique non seulement une grande potentialité des conditions sous lesquelles la vie peut apparaître mais également la multiplicité effective des mondes vivants dans l'univers.

Les considérations sur l'apparition de la vie sur Terre nous amènent tout naturellement à nous poser des questions sur la forme d'une éventuelle intelligence extraterrestre. Acceptons le postulat suivant : qui dit intelligence, dit vie; en effet, il est quasi impossible de concevoir une intelligence inorganique (sauf, bien sûr, si elle est la création d'une intelligence organique). Nous sommes donc bien confrontés à des "habitants", constitués de molécules complexes. L'imagination de l'homme a donné naissance à des idées parfois loufoques, parfois impressionnantes, mais souvent dénuées de sens concernant leur apparence. Tentons de mettre un peu d'ordre dans ces idées.

 

Parlons-en, de ces habitants de l'univers; comment sont-ils ?

Acceptons d'emblée un préambule : on peut exclure toute forme "exotique", fruit de notre imagination. Un corps se veut propice à l'expression de l'intelligence, c'est-à-dire l'invention. On imagine mal des extraterretres intelligents ayant la forme de ver de terre. Notons toutefois qu'une civilisation avancée peut avoir choisi de modifier son apparence corporelle.

Une approche possible est de considérer que si la vie est apparue dans les mêmes circonstances que sur la Terre (considération très acceptable), les formes de vie pourraient être du même type. Ainsi, il n'est pas risqué d'imaginer des groupements végétaux et animaux, dotés d'une génétique moléculaire, responsable du phénomène d'hérédité, concept indissociable de celui d'évolution. Les formes les plus évoluées de ces derniers seraient mobiles et dotées de sens tels la vision, l'ouïe et le toucher. Certains caractères anatomiques pourraient être présents, par exemple les membres ou une tête. Nous considérons bien sûr ici qu'une espèce a évolué de la même façon que l'homme sur Terre et est donc devenue l'espèce dominante, ce scénario restant relativement incertain, voire aléatoire. Il est également possible que deux ou plusieurs espèces soient évoluées et qualifiables d'intelligentes.

Ces considérations peuvent sembler abusives, mais, dans un environnement de type planétaire, si l'on accepte le postulat que la vie est par définition organique, la survie, et donc l'évolution, repose sur des concepts absolus et universels, illustrés sur Terre, où l'évolution est un fait constaté (mais non encore expliqué avec certitude). L'idée d'évolution serait alors applicable à toute forme de vie, sur toute planète. De même, l'apparition même de la vie sur une planète ne semble nécessiter qu'un concours de circonstances physiques et chimiques particulières. Il est donc probable que, toutes proportions gardées, E.T. nous ressemble.

La taille des individus pourrait, quant à elle, être très variable. Il suffit d'imaginer la contrainte gravitationnelle exercée par la pesanteur sur un membre porteur (pour nous, le fémur). En posant que la solidité du membre est la même pour toutes les planètes, il apparaît que le produit de la contrainte avec la longueur du membre doit être constante. Vu que cette contrainte est proportionnelle à l'accélération de la pesanteur à la surface de la planète, donc à la masse de la planète, donc encore au cube de son rayon, on peut conclure que plus la planète est grande, plus les habitants doivent être petits, et ce suivant une loi cubique.

Une question importante encore à ce sujet, que je ne développerai pas ici est la possible intervention du (d'un) Divin dans l'apparition de la vie. La prise en compte de ce paramètre implique bien plus de spéculations et se rapporte plus à la Foi qu'à la science exacte; toutefois certains scientifiques, tels Pierre Teilhard de Chardin, ont tenté de joindre les deux bouts.

Reste la question finale formulée par Fermi, d'une pertinence déconcertante : "Où sont-ils ?". C'est vrai, à propos. S'il sont si nombreux, comment se fait-il que l'on ne soit pas encore en contact avec un de nos voisins ? Des centaines de raisons ont été évoquées pour justifier la conduite d'une éventuelle civilisation extraterrestre. Nous saurons la réponse avec exactitude le jour où le contact se fera. D'ici là, il faut nous armer de patience et écouter les signaux venus de l'espace, car c'est là que tout va commencer.

Arrêtons-nous ici les spéculations de notre petit voyage dans le temps ? Ou préférez-vous continuer et considérer des événements qui ne concerneront même pas la 100 000ème génération de votre descendance ?

Notons que, lors des dernières considérations, nous avons regardé en avant dans le temps de quelques millénaires. Nous pouvons, mus par une curiosité scientifique bien pardonnable, nous demander "et après, quid ?".

 

Et si nous allions plus loin ?

Et si nous imaginions la vieillesse de "mon p'tit chez moi", l'univers ? Accrochez-vous à vos bretelles car on va vraiment aller très loin.

Dans quelques milliards d'années, l'univers pourrait bien entamer un processus de retour à l'explosion initiale, ce serait alors l'implosion finale, ce qui, soit dit en passant, n'empêche pas du tout une nouvelle explosion initiale, et ainsi de suite. D'autres théories prévoient l'expansion sans fin de l'univers (sa mort thermique), ou encore une stagnation éternelle, selon qu'il atteindra, ou non, la fameuse densité critique.

Dans ces deux dernières hypothèses, un phénomène beaucoup plus lointain dans le temps mais complètement inéluctable provoquera la perte des terriens s'ils existent encore (et ce serait alors bien malgré eux).

En effet, le constituant de base de notre monde, de l'univers tout entier, sur lequel reposent les théories les plus affûtées, les plus précises, est le proton. Ce proton avait toujours joui d'une réputation de stabilité et de solidité à toute épreuve; même la découverte de particules élémentaires à l'intérieur des protons n'avait que peu ébranlé la certitude selon laquelle le proton est bel et bien la brique de l'univers.

Pourtant, le proton n'est pas éternel, son espérance de vie n'est pas infinie. Elle serait de 10E30 années approximativement (jusqu'à 10 000 fois plus encore selon d'autres sources, et certaines théories prédisent 10E100 à 10E200 ans; on sent qu'on entre dans le domaine de la cosmo-philosophie spéculative et qu'on quitte quelque peu l'astrophysique pure et dure). Cet intervalle de temps est si immense que nous avons du mal à nous l'imaginer. L'espérance de vie d'une étoile, d'une planète, d'une civilisation est de l'ordre de 10E9 années, donc au moins mille milliards de milliards de fois plus court. Néanmoins, le fait est là; d'autant plus que les planètes, les étoiles, les êtres vivants, les civilisations, les galaxies, ça naît et ça meurt à tout bout de champ. Ces corps célestes s'équilibrent dynamiquement et mutuellement. Seulement voilà, les protons, un certain nombre en a été créé lors de l'explosion initiale, mais ce qui disparaît n'est plus recréé. En effet, les réactions nucléaires stellaires forment des nouveaux atomes, mais ceux-ci sont créés à partir d'éléments existants. L'univers, à la fin de sa vie, ne sera plus qu'un immense amas de trous noirs, qui à leur tour s'évaporeront. Fin de l'histoire.

S'il s'avère, par contre, que le proton est bien stable, voici ce qui se passera dans 10E30 années, si d'ici là l'univers n'a pas fait des siennes. La dégradation progressive des protons sur des milliards de milliards d'années favorisera la désintégration b, phénomène qui transforme, par désintégrations successives, n'importe quel atome en atome de fer, élément le plus stable de l'univers. La matière n'existera plus que sous forme de fer, le concept même de la vie n'aura plus aucun sens, toute réaction nucléaire sera stoppée définitivement puisque chaque atome sera arrivé à son produit le plus stable.

L'univers sera froid; l'entropie, fardeau incontournable et tout-puissant, forme énergétique tragi-comique par excellence, sera absolue; le cosmos atteindra des dimensions jamais imaginées.

Nous sommes en l'an 10E1500, les protons fusionnent avec les électrons et neutralisent leur charge. L'univers devient neutronique. Beaucoup plus tard, après 10E10**76 années, c'est-à-dire un "1" suivi de 1076 "0", un autre phénomène, encore plus effrayant, se produira. Les atomes de fer, à leur tour, se désintégreront totalement pour aboutir à ... plus rien. L'énergie, en accord avec le premier principe de la thermodynamique, sera effectivement bien présente, mais totalement dégradée. La densité d'énergie libre sera nulle, tandis que l'entropie de l'univers sera infinie. Ce nombre (10E10**76) est le plus élevé de l'astrophysique; ne fut-ce que l'écrire nécessiterait une feuille de papier un million de fois plus grande que tout l'univers connu (le même rapport qu'entre le lac de Louvain et une pièce de monnaie).

Ces événements ne concerne pas les humains, car la race humaine sera éteinte bien avant. De plus, ils sont trop lointains et trop étalés dans le temps pour s'imaginer leur avènement. Il suffit de comparer ces échéances au nombre 10E80 (d'autres sources citent 10E87, 10 millions de fois plus), le nombre d'atomes que contient tout l'univers connu, ou encore au nombre 10E120, le nombre de parties d'échecs réalisables, ou enfin au nombre 10E12, le nombre de gouttes de bière versées à Louvain-la-Neuve depuis sa construction. La civilisation humaine sera confrontée bien avant à d'autres problèmes, comme l'extinction du soleil dans quelques milliards d'années, ou encore l'explosion d'une supernova à une distance de quelques dizaines d'années-lumière. Ces scénarios, toutefois, pourraient ne pas avoir un effet léthal si nous avons "déménagé" d'ici là. Rappelons aussi la vision pessimiste de notre avenir sociétal selon laquelle l'humanité pourrait bien imploser et provoquer sa propre auto-extermination, bien plus tôt; tous les hommes ne seraient pas morts pour autant mais notre civilisation en tant qu'intelligence serait réduite à une entité limitée intellectuellement à la préoccupation de sa seule survie à court terme, l'histoire se répète ! Ce genre de réalités, à l'inverse de la mort naturelle de l'univers, pourraient survenir dans des délais plus courts que prévu.

Evidemment, nous parlons ici de réalité telle que nous la concevons, c'est-à-dire trois dimensions spatiales et une temporelle. A ce sujet, les cosmo-philosophes se sont demandés s'il était possible de concevoir d'autres types de réalité. Ils en sont arrivés à la conclusion étrange et difficilement imaginable que toutes les autres combinaisons étaient instables et imprévisibles. Il y a une exception, un système qui pourrait également jouir d'une certaine stabilité; il s'agit du modèle comportant une dimension spatiale et trois dimensions temporelles. Dans ce modèle étrange et difficilement imaginable, il serait possible de rencontrer des tachyons (particules à vitesse superluminique). On serait alors des points, évoluant sur une droite mais on pourrait évoluer dans le temps vers l'avant, l'arrière et sur les côtés ...

Néanmoins, nous ne sommes pas des points même si c'est à cela que nous ressemblons à l'échelle des quatre dimensions de l'univers immense, et notre monde est bien volumique, et malheureusement, quoi qu'il arrive, dans une seule éternité, l'existence même de l'univers ne sera plus, il n'y aura plus de réalité. Fin de l'histoire.

 

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